#Actualité

Thomas Coville au Cap Leeuwin en 2ème position du Tour du Monde !

Un peu plus d’une semaine après le cap de Bonne-Espérance, Thomas Coville a franchi ce lundi 29 janvier à 01h36 (heure française) le deuxième des trois caps mythiques du tour du monde à la voile, le cap Leeuwin, au sud-ouest de l’Australie, après 21 jours, 12 heures, 6 minutes et 30 secondes. Deuxième de l’Arkea Ultim Challenge-Brest derrière Charles Caudrelier, passé au cap Leeuwin jeudi, le skipper de Sodebo Ultim 3 en a bientôt terminé avec un océan Indien qui aura été particulièrement rude pour lui, entre des conditions météo difficiles et une longue réparation du système de descente de ses foils. Une réparation « sur le papier infaisable », qu’il a réussi à mener à bien, au terme d’intenses efforts, et lui permet de naviguer de nouveau sur ses deux foils. Au moment de franchir Leeuwin dans la nuit australe, Thomas Coville a pris le temps de confier ses sentiments.

Te voilà donc au cap Leeuwin, que t’inspire ce passage du tour du monde ?
Pour moi, il est synonyme d’Australie, le pays qui a été dans ma vie celui du déclic, qui m’a donné le goût de la liberté. J’y suis allé après mes études, j’avais besoin de partir loin de chez moi, de me créer tout seul, et je suis arrivé dans ce pays-continent incroyable, j’avais 25 ans, il a changé ma perception du monde. Le cap Leeuwin est la partie du pays que je préfère, c’est la Californie de l’Australie, avec notamment Perth, qui me rappelle la Coupe de l’America en 1987, le défi français French Kiss… C’est aussi pour moi synonyme de « docteur Fremantle », ce vent qui se lève tous les jours à la même heure et permet de naviguer dans des conditions géniales. Quant au phare du cap Leeuwin, il n’a rien à voir avec la grandiloquence de celui Bonne-Espérance, perché sur sa falaise, c’est un petit phare en bois, très « british » et bas sur l’eau. En tout cas, le fait de le franchir à ce stade de l’océan Indien reste à chaque fois une expérience incroyable.

Comment as-tu vécu la traversée de l’océan Indien, que tu termineras prochainement au niveau du cap du sud-est, sous la Tasmanie ?
Cet Indien restera comme un moment pénible, mais en même temps, je me dis que c’est toujours une chance inouïe de retrouver les albatros, d’entrer dans les mers australes. C’est un choix, la liberté, l’immensité, une sensation de n’être rien du tout, d’être extrêmement fragile, vulnérable. Je trouve que c’est un moment assez poétique, très intime et finalement sublime, tu prends conscience de ta fragilité face au miroir de la nature autour de toi. Maintenant, le compétiteur que je suis n’est pas très content de s’être fait distancer…

Tu as été handicapé pendant cet océan Indien par tes problèmes sur le système de descente des foils, peux-tu nous en dire plus ?
Oui, on a subi beaucoup de choses, contrairement à d’autres – et bien vu à Charles qui a réussi à rester devant les fronts. Nous, on a eu trop de problèmes techniques pour y arriver, donc on s’est retrouvés derrière ces fronts avec de la mer formée, des conditions difficiles. Et je me suis surtout attelé à une tâche qui, sur le papier, était infaisable, celle de réparer manuellement le fonctionnement de descente des foils. Après le premier, j’ai dû réparer aussi le deuxième. Ça m’a pris plusieurs jours, voire toute la semaine, il a fallu trouver des solutions, faire sans cesse des allers-retours dans le flotteur, mettre les mains dans des endroits où il ne faut pas les mettre normalement, pour finalement réussir, grâce à mon équipe technique, à utiliser de nouveau mes foils qui sont si importants sur le bateau. Sans ses foils, on est comme des albatros sur le pont d’un bateau, maladroits et veules. J’étais très content et très fier d’avoir réussi à réparer, mais pour autant, ça m’a pris beaucoup d’énergie et ça ne nous a pas permis de rester dans le bon système météo. Là, depuis trois jours, j’évolue dans de la mer très formée avec du vent fort et violent. Ce sont des conditions difficiles qui, de nouveau, sollicitent énormément le bateau, ce n’est pas de la glisse, ce n’est pas agréable, mais c’est l’océan Indien.

Tu es parti de Brest il y a maintenant trois semaines, vois-tu le temps passer ?
Quand vous êtes en mer, les semaines, vous ne savez plus ce que c’est, les jours à peine. En fait, chaque jour est jour est un peu différent, avec des joies, des peurs, des larmes, des éclats de rires, toutes ces émotions que tu vis tout seul. Ces trois semaines auront été très denses, très remplies, très éclectiques, aussi.

Tu es deuxième au classement, comment vois-tu ta position ?
Forcément…Charles est parti devant avec un enchaînement météo fantastique, bravo à lui et à son équipe, ça reflète la maîtrise de ce projet. Armel est derrière moi, mais il se rapproche, en bon « Chacal » (son surnom) qu’il est, avec un système météo qui lui est favorable. Nous, on se retrouve entre deux systèmes, ce n’est jamais très bon, il faudrait réussir à attraper l’un des deux, car les conditions sont vraiment difficiles et inconfortables pour bien faire avancer le bateau.

Le Pacifique se profile devant toi, qu’est-ce qu’il signifie pour toi ?
Pour moi, le Pacifique, c’est l’océan papier de verre. Comme c’est le plus grand, c’est celui qui lamine, ponce le moral et effrite le physique. Et dans les mers australes, il n’est pas du tout pacifique, comme il l’est davantage dans le Pacifique nord. Et il se termine par le cap Horn qui, souvent, n’est pas non plus un endroit très sympathique, mais ça, on en reparlera !

Nos articles similaires